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Incandescence par le gaz

Voir aussi : Terres rares

Le Parisien Charles Clamond breveta en France le 7 Juin 1881 (brevet 136771), puis en Italie, Belgique, Allemagne, Angleterre, Autriche, Etats Unis, un panier en magnésie, qui, soumis à la flamme d’un bec d’éclairage, devenait incandescent et augmentait notablement le pouvoir éclairant de celle-ci. Cette invention arrivait au moment où l’éclairage au gaz devenait fortement concurrencé par l’éclairage électrique et voyait ses parts de marché diminuer. Ce brevet motiva rapidement les recherches de nombreux scientifiques, qui recherchèrent d’autres corps réfractaires pouvant être portés à l’incandescence. Dès 1882 d’autres inventeurs comme James Lewis, Victor Popp, Léon Somzée utilisèrent comme support des produits incandescents de coûteux fils de platine. En 1885 l’Autrichien Carl Auer von Welsbach, inventa le manchon à incandescence pour les lampes à gaz, formé de coton imprégné de terres rares. Il utilisa d’abord des oxydes de Lanthane et d’Yttrium, puis en 1891, de dioxyde de Thorium et de dioxyde de Cérium. En 1892, la marque Auer fut déposée en France et exploitée par la Société Française d’incandescence par le gaz, dirigée par Charles Clamond, qui avait abandonné son système, car celui-ci péchait par la faible durée de vie du panier en magnésie. L’éclairage au gaz reprit vigueur, et la lutte contre l’éclairage électrique reprit et dura encore de nombreuses années et finirent par coexister. Le manchon Auer est toujours utilisé de nos jours. Mais les recherches sur l’incandescence firent aussi se développer les appareils de chauffage et de cuisson, qui les utilisèrent les terres rares pour réaliser des plafonds rayonnants dans les rôtissoires et les salamandres à gaz, et des réflecteurs rayonnants dans les poêles et cheminées à gaz.

Je n’insisterai pas sur les transformations successives du bec Clamond, qui n’ont pas conduit à des résultats réellement pratiques et auquel, en définitive, il a manqué la mèche, le manchon convenable, c’est-à-dire susceptible de devenir incandescent à une température relativement basse, que le docteur Auer ne devait trouver que quelques années plus tard (1885); mais le principe n’a pas varié, et le bec Auer dérive du bec Clamond, comme le bec Clamond dérive lui-même de la lumière Drummond. Dans la lumière Drummond, c’est le crayon de magnésie qui est porté à l’incandescence par la combustion d’un mélange de gaz et d’oxygène; dans le bec Clamond, c’est la mèche de magnésie filée qui devient incandescente par la combustion d’un mélange de gaz et d’air plus ou moins forcé, préalablement porté à haute température; enfin, dans le bec Auer, c’est une carcasse très tenue d’oxydes métalliques choisis, qui peut être portée à l’incandescence par la chaleur développée simplement par la combustion du gaz dans un bec Bunsen ordinaire
Ainsi constitué, le bec Auer, bien qu’importé dès 1886 à Paris, est resté sans grandes applications jusqu’en mai 1892; la mèche était extrêmement fragile, le pouvoir éclairant baissait rapidement avec l’âge de la mèche, la coloration bleuâtre laissait à désirer, et bref, le bec Auer avait été abandonné presque partout où on avait essayé de l’appliquer; il s’améliorait cependant peu à peu, vous pouvez vous rappeler que nous en avions installé un dans le fumoir du Pavillon du gaz à l’Exposition universelle de 1889, et qu’il y avait fait bonne figure; le Jury de la classe 27 lui avait même, dès cette époque, non sans certaines discussions que je me rappelle fort bien, accordé une médaille d'argent, laquelle était surtout, dans sa pensée, une médaille d’encouragement: « Ce bec s'est amélioré, dit le rapport du jury, et s’améliorera encore vraisemblablement; tel qu'il est, le bec Auer est de nature à rendre des services réels, etc. ».
Le bec Auer a depuis tenu, et au-delà, tout ce qu’il promettait alors et, au commencement de l’année 1892, le Dr Auer améliorait notablement son fluide en même temps qu’il arrivait à rendre le manchon moins fragile et à obtenir aussi plus de constance du pouvoir éclairant.
Ce n’est que dans les premiers mois de 1892 que le bec Auer devenait d’un emploi réellement pratique; il se répandait à Vienne, tout d’abord, puis à Paris, vers les mois d’août et septembre 1892, où 5,000 à 6,000 becs se plaçaient par mois, et on estime à 50,000 environ actuellement (juin 1893) le nombre des becs Auer installés à Paris; la province en aurait aujourd'hui absorbé à peu près autant, soit donc 100,000 environ en France.
J’ai cherché à avoir des renseignements statistiques sur l’introduction du bec Auer dans les autres pays et voici, sous toutes réserves, quelques chiffres actuels (juin 1893): Autriche 150,000 becs ; Allemagne 150,000 ; Angleterre 100,000 ; Belgique 13,000  – 1894 Journal de l’éclairage au gaz, Nouveaux produits

Brevet d'invention pris le 4 novembre 1885 par le docteur Auer de Welsbach, pour nouveaux corps d’éclairage incandescents pour brûleurs à gaz.
L’auteur expose que l’oxyde de lanthane, l’oxyde d’yttrium et de zirconium, étant entièrement mélangés et exactement répartis, permettent d’obtenir par leur combinaison un corps offrant certaines particularités qui n’a pas encore été employé comme matière incandescente.  – 1894 Journal de l’éclairage au gaz, Auer

L’éclairage au gaz par incandescence a pris une telle importance que nous croyons intéressant de compléter les rapports d’expertise relatifs à la validité des brevets Auer, en France, que nous venons de publier, par un historique de l’éclairage à incandescence par le gaz d’après les brevets allemands, pris depuis 1881, et que vient de publier le Journal fur Gasbeleuchtung.  – 1894 Journal de l’éclairage au gaz, Historique de l’incandescence

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Nouveau bec Auer à incandescence par le gaz, (1894 Journal de l’éclairage au gaz)