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Houille Bleue

Aussi : Energie électrique marémotrice

Evoquée dès avant 1896, l’idée d’utiliser l’énergie des marées pour produire de l’électricité prit corps en 1921 avec le projet de la première usine marémotrice en France, celle de l’estuaire de L’Aber-Wra’ch en Bretagne, qui fut achevé en 1924. Furent ensuite envisagés de nombreux autres sites dans des lieux combinant une forte hauteur de marée et une configuration d’estuaire propice au stockage de l’eau. Parmi les sites les plus prometteurs, furent choisis les estuaires de la baie de la Fresnaye, où existait déjà depuis longtemps un moulin à marée, et celui de la Rance situées toutes deux à proximité de Saint Malo car c’est dans cette zone que les marées ont le plus fort coefficient. Seul l’estuaire de la Rance vit se construire une usine marémotrice, mise en service en 1966.

Il faut bien espérer qu'on aura trouvé, dans un avenir plus ou moins éloigné, le moyen d'utiliser les forces naturelles, si mal utilisées jusqu'ici la dénivellation des marées dont on nous promit jadis des merveilles, il n'en est plus question. Aujourd'hui, les frais d'installation de bassins de retenues seraient considérables certes, mais, une fois établis, ces bassins ne coûteraient plus que les dépenses d'entretien.  – 1896 Teymon, le chauffage par l’électricité

Avec moins de bonheur, on a voulu distinguer de la Houille Blanche des glaciers, et la houille bleue qui est l’énergie des marées On commence à se préoccuper de l’utilisation des marées. On a compté que, sur son front de mer, la France pourrait alimenter bien au-delà de ses besoins toutes les installations d’éclairage et de force motrice Il est pourtant intéressant de songer dès maintenant à équiper nos côtes pour utiliser la puissance des marées. La question ne date pas d’hier et il y a beau temps que beaucoup de points de nos côtes bretonnes ou normandes possèdent leurs moulins à marées.
Il s’agit aujourd’hui d’une expérience de grande envergure, et, depuis la loi du 29 décembre 1923, on s’occupe à équiper à L’Aber Wrac’h, dans le Finistère, une usine à marée de 3.200 chevaux de puissance maxima, avec un minimum constant de 1.600 chevaux.
La dépense prévue, de 28 millions de francs, est excessive et le prix de revient de l’unité d’énergie sera plus élevé qu’avec une usine thermique. Mais c’est une expérience. On fera mieux plus tard, et, quand le charbon se fera rare, il faudra bien, coûte que coûte, se tourner vers d’autres sources d’énergie.  – 1925 Chaumat, Conquête de la houille blanche

On a calculé que pour la Rance, avec le système à simple effet, il serait loisible d’installer 180 000 ch, et de recueillir 360 millions de kilowatt-heures, à l’aide d’un barrage de 2200 mètres de longueur. Le cube d’eau mis en oeuvre s’élèverait à 7000 m5 par seconde. Le régime à double effet exigerait un barrage de 4 km et un écoulement de 28 000 m3 à la seconde. Par contre, on pourrait équiper 290 000 ch et produire 500 millions de kwh
En vue de fixer les conditions pratiques d’installation et d’équipement des centrales marémotrices, le gouvernement et l’initiative privée ont entrepris l’usine de l’Abervrach, concédée le 22 août 1924 Certains, comme M. Berluzan, ont proposé d’employer la force ascensionnelle d’une coque de navire, amarrée à un quai, et alternativement soulevée par le flot. Le système du bélier a été défendu par plusieurs novateurs. En particulier, un officier de marine yankee, M. Lybrand-Smith, a imaginé un bélier portant à une extrémité un entonnoir, et à l’autre un réservoir Un ingénieur belge a suggéré d’établir un plan incliné, sur lequel la lame s’engage, avant de retomber en chute à l’arrière-plan Les flotteurs sont plus particulièrement en faveur. Une société s’est créée pour appliquer à Guyotville (Algérie) la formule de M. Fusenot On a aussi préconisé l'usage de palettes, actionnées par les vagues, et placées soit au-dessous de bateaux immobilisés, soit à la partie inférieure d’un ouvrage Mais les Américains paraissent avoir devancé tous leurs rivaux, en équipant une centrale à palettes de 1000 ch. L’essai de Long Beach (Californie) a donné des résultats à ce point concluants que l’on aurait commencé d’équiper une station à palettes de 1000 ch à San Diego.
 – 1925Pawlowski, La Nature N°2695

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Les emplacements les plus favorables en France pour les stations marémotrices. (1925 Pawlowski, La Nature N°2695)

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Vue de la station marémotrice de l’Abervrach (1925 Pawlowski, La Nature N°2695)