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Houille Blanche

Aussi : Energie hydro-électrique

L'appellation « Houille blanche » est attribuée au Grenoblois Aristide Bergès, en 1889, qui fut le promoteur de l’utilisation de l’énergie des torrents et de son transport à distance.

La production d’électricité par les barrages hydroélectriques, énergie peu coûteuse, posait le problème de son transport, jusqu’au lieu d’utilisation, en particulier pour l’approvisionnement des villes et les usages domestiques, car la basse tension des circuits domestiques (100 à 120Volts) faisait très rapidement chuter la tension dès que la ligne devenait trop longue. Donc dans un premier temps l’électricité ne fut utilisée que dans des usines situées à proximité de cours d’eau ou de torrents de montagne, en particulier dans la région de Grenoble et en Suisse. Dans les grandes villes, les usines de production d’électricité devaient être situées à proximité des utilisateurs. En 1883, Marcel Deprez, à Grenoble, réalisa la première génératrice à haute tension, et cette solution permettait de de transporter le courant électrique à longue distance avec des pertes réduites. Il réalisa le transport de l’électricité sur 14 kms, ouvrant la voie à la distribution électrique actuelle par les réseaux de moyenne, haute et très haute tension.

Cette production d’électricité peu coûteuse permit le développement des chauffe-eaux à accumulation, puis des chaudières électriques, tout d’abord à partir de 1910 dans les zones montagneuses en Suisse, et en Italie puis en France, à proximité de la frontière Suisse, à Saint Louis et dans ses environs. La pénurie de combustible pendant la première guerre mondiale fut l’accélérateur de cette industrie.

L’utilisation du courant électrique pour la production de chaleur nécessaire au chauffage de l’habitation et à la préparation d’eau chaude pour les besoins domestiques fut tentée depuis longtemps, mais ce n’est que ces dernières années qu’elle est entrée dans la voie de la réalisation pratique. Il a fallu de longues recherches et de multiples expériences pour créer des appareils propres à assurer d’une façon sûre et rationnelle le service d’installations étendues. Partout ou l’on dispose du courant électrique, surtout quand il est produit par des installations hydrauliques, le chauffage par l’électricité, propre, hygiénique et d’un entretien presque nul, est le chauffage rêvé. Grâce à la construction particulière des appareils Sultzer le maximum de rendement est réalisé avec un minimum de consommation.  – 1920 ca Sulzer

Des millions de chevaux de force motrice presque gratuite peuvent être ainsi acquis à l’industrie et être exploités par les applications électriques Lorsqu’on regarde la source des milliers de chevaux ainsi obtenus et leur puissant service, les glaciers ne sont plus des glaciers: c’est la mine de Houille Blanche à laquelle on puise, et combien préférable à l’autre.
 – Texte de 1889 d’Aristide Bergès, cité en 1925 dans Documents historiques sur l’origine de la houille blanche, Marcel Mirande

Nous comprenons dans le domaine de la houille blanche toutes les installations comportant une puissance de plus de 500 ch. Bergès en 1902 avait appliqué ce terme aux seuls cours d’eau alimentés et régularisés par les glaciers. Cette définition est trop étroite et depuis longtemps on englobe non seulement les chutes de montagne, mais aussi les chutes créées artificiellement sur les cours d’eau de plaine.  – 1913 La houille Verte en Seine et Oise

[La chaudière électrique] est une création des temps de guerre. Elle doit son extension si rapide à la pénurie toujours croissante du charbon et des autres combustibles. Nous remarquons dès le début que d’une façon générale, seule l’énergie électrique produite par des usines hydrauliques entre en ligne de compte pour le chauffage de ces chaudières.  – 1924 Encyclopédie pratique de mécanique et d’électricité

Sous nos yeux, la chaleur provoque l’évaporation des eaux. Les vapeurs se condensent et alimentent nos rivières et nos fleuves. Les condensations aux hautes altitudes donnent naissance aux glaciers. Ces glaciers constituent eux-mêmes une réserve d’énergie solaire heureusement baptisée du nom de Houille Blanche. Ce mot a fait fortune Or, nos usines hydrauliques ont un rendement meilleur, très variable suivant les circonstances; mais qui, transport compris, représente souvent, sous forme d’énergie directement utilisable, 50 % de l’énergie totale de la chute d’eau. Que représente donc pour notre pays, cette énergie hydraulique utilisable ? En 1913, la puissance aménagée était de 550.000 kw. Pour les besoins de la guerre, en 1916, on était passé à 660.000 kw. Et, en 1919, à 850.000 kw. D’après les dernières statistiques, remontant à la fin de 1924, cette puissance aménagée était de 1.800.000 kw. dont 63 % étaient employés à de grands transports électriques et le reste consommé sur place pour des fabrications électrochimiques et électrométallurgiques
Mais je reviens à l’expérience de Grenoble.
Ce fut la plus retentissante. On put transporter une puissance déjà notable, capable d’alimenter un atelier sérieux. L’expérience dura plus d’un mois avec des marches journalières La génératrice, installée à Vizille-Gare, était une dynamo construite par Marcel Deprez. Elle pouvait donner 3.000 volts et elle était conduite par une turbine hydraulique de l’usine Damaye et Cie. La réceptrice était une machine Gramme du type D, transformée pour haute tension. Elle était placée dans le vieux bâtiment des Halles de Grenoble, aujourd’hui disparu. Elle actionnait une pompe rotative alimentant une cascade artificielle et, d’autre part, une transmission conduisant deux autres machines génératrices. Ces machines réalisaient une véritable distribution locale par deux fils faisant le tour du bâtiment. Sur cette ligne étaient branchés des lampes à incandescence et différents moteurs commandant un tour, une scie à ruban, deux machines à coudre et une presse à imprimer
J’ai là sous les yeux un exemplaire du numéro unique d’un journal qui s’appela: « L’Energie Electrique » Il a été imprimé dans les Halles de Grenoble, en 1883, par la presse dont je vous parlais tout à l’heure. C’est le premier journal au monde qui ait été imprimé à l’aide d’une force motrice recueillie à 14 kilomètres de distance et transportée par l’électricité.  – 1925 Chaumat, Conquête de la houille blanche

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La première transmission d’électricité à partir d’une chute d’eau effectuée en 1889 (1925 Documents historiques sur l’origine de la houille blanche, Marcel Mirande)

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Turbine présentée en 1894 à l’exposition internationale de Lyon par Aristide Bergès (1925 Documents historiques sur l’origine de la houille blanche, Marcel Mirande)